Demain, c’est le 1er septembre. Pour la plupart des collaborateurs, les vacances sont terminées et, soudain, l’agenda déborde à nouveau de réunions, d’échéances, de rendez-vous, etc. À la maison aussi, tout s’accumule.
Comment s’assurer que la transition entre les vacances et le travail se déroule en douceur ? Comment organiser sa vie professionnelle et familiale pour qu’en fin de journée, il vous reste encore du temps et de l’énergie pour vous-même ?
L’illusion des « batteries rechargées »
À la fin de l’été, nous posons inévitablement la même question à nos collègues et membres de l’équipe : “Comment se sont passées tes vacances ?” Ce faisant, nous supposons implicitement que tout le monde revient frais, détendu et avec des batteries pleinement rechargées.
La réalité est pourtant bien plus complexe :
- Les vacances ne sont pas reposantes pour tout le monde : Les environnements inconnus, le stress des déplacements ou les stimulations constantes d’une vie de famille animée peuvent être très énergivores.
- Tout le monde ne part pas en vacances : Pour des raisons financières, personnelles ou familiales, l’été n’a pas offert de répit aux pressions quotidiennes de chacun.
- Le « choc de la transition » : Le passage brutal d’un rythme estival plus calme à un emploi du temps surchargé provoque un véritable choc pour notre système nerveux.
L’idée que chacun puisse « simplement recommencer comme avant » le 1er septembre découle d’une norme neuronormative : la croyance selon laquelle le cerveau et le niveau d’énergie de chacun fonctionnent, récupèrent et s’adaptent exactement de la même manière. Pour les professionnels neurodivergents, s’adapter continuellement à des normes sociales et professionnelles implicites — ce qu’on appelle le masquage (masking) — demande une quantité phénoménale d’énergie.
Que peut faire l’organisation ?
Le bien-être durable au travail ne commence pas par des « pansements » individuels tels que des corbeilles de fruits ou des séances de yoga, mais par le contexte de travail. Comme le décrit l’ouvrage Pourquoi la norme ne fonctionne pas, l’organisation fixe les conditions de base permettant aux collaborateurs de s’épanouir.
1. Du « sur-mesure pour tous » à la flexibilité personnalisée
- Autonomie sur les horaires et le lieu de travail : Donnez aux collaborateurs la liberté d’organiser leur journée en fonction de leur chronotype et de leur charge cognitive. Le travail hybride et les horaires flexibles ne sont pas un « luxe », mais des conditions essentielles pour une productivité durable.
- Culture de confiance : Dépassez le contrôle et les critères de présence physique. Misez sur les résultats, l’impact et la motivation intrinsèque.
2. Aménagement neuro-inclusif des espaces (Universal Design)
- Créez des espaces de travail tenant compte des besoins sensoriels : alternez zones de collaboration dynamiques et espaces calmes, peu stimulants, conçus pour le travail profond (deep work), afin de permettre aux collaborateurs de se préserver de la surstimulation lors des premiers jours.
3. Sécurité psychologique et culture d’entreprise
- Assurez une communication organisationnelle transparente et cultivez une culture où poser des questions, reconnaître ses erreurs et exprimer des avis divergents ne sont pas sanctionnés — où il est aussi tout à fait acceptable d’admettre que les vacances n’ont pas été si reposantes.
- Soutenez des réseaux tels que les Employee Resource Groups (ERG) axés sur la neurodiversité, offrant un espace pour échanger avec des personnes partageant des expériences similaires.
Que peuvent faire l’équipe et le manager ?
Le manager direct et l’équipe constituent le levier principal de la qualité de vie au travail au quotidien. Un simple changement dans les questions posées et les accords conclus fait souvent toute la différence.
1. Posez la bonne question lors du prochain entretien individuel
Lors du bilan de rentrée, ne vous contentez pas de demander des souvenirs de vacances, mais prévoyez explicitement de demander :
“De quoi as-tu besoin durant ces premières semaines pour démarrer de manière sereine et efficace ?”
2. Prenez 1 ou 2 petits engagements concrets
Mettez-vous d’accord sur de réajustements mineurs qui aideront le membre de l’équipe à préserver sa sérénité. Par exemple :
- Une journée de télétravail ou de concentration immédiatement après une journée chargée en réunions et consultations.
- Des plages horaires sans stimulations : Des blocs dans l’agenda sans communications internes (Slack, Teams, e-mails) ni réunions prévues.
- Une communication écrite préalable : Transmettre l’ordre du jour et les documents de réunion suffisamment à l’avance afin que les personnes visuelles ou au traitement d’information plus lent puissent se préparer sereinement.
Que pouvez-vous faire vous-même ? (Niveau individuel)
En tant qu’individu, vous pouvez également gérer activement votre propre énergie, à condition que l’environnement offre la sécurité nécessaire.
1. Introspection sincère
- Cartographiez vos facteurs de stress et vos sources d’énergie : Quelles tâches consomment une quantité disproportionnée d’énergie et lesquelles en génèrent ? De quoi avez-vous besoin les premiers jours pour éviter que le stress ne monte trop haut ?
2. Planifiez des « Pit Stops » et des temps de récupération
- Évitez de rester assis devant votre écran pendant huit heures d’affilée sous la pression de la performance. De courtes micro-pauses (5 à 15 minutes) pour décompresser ou faire une brève marche évitent le surmenage cognitif ou l’épuisement en fin de journée.
3. Exprimez vos limites
- Soyez clair sur ce dont vous avez besoin (ex. : “Envoie-moi cela par e-mail, j’y réfléchirai et je te reviendrai demain”).
- Définissez vos propres priorités et osez dire « non » aux tâches secondaires lorsque votre capacité d’accueil atteint ses limites.
Conclusion
« Recommencer comme avant » après les vacances est une formule dépassée qui conduit à une augmentation du stress au travail, à l’épuisement et à la perte de talents. En optant pour la compréhension, une communication ouverte et des accords neuro-inclusifs aux niveaux organisationnel, collectif et individuel, les professionnels préservent non seulement leur sérénité, mais permettent à leur véritable potentiel de pleinement s’exprimer.
Daphné De Troch a appris à créer un environnement de travail avec la sécurité psychologique présente et à diriger une équipe de personnes neurodivergentes après avoir reçu un diagnostic de TDAH et d’autisme. Elle a créé Bjièn avec Dietrich pour aider d’autres responsables et équipes à se sensibiliser à la neurodiversité et à faire en sorte que leur lieu de travail soit neuroinclusif. Plus sur Daphné.
